Copies numériques en classe : la confusion
Nous sommes nombreux, dans le corps enseignant, à nous interroger sur l'état de la loi en ce qui concerne les copies numériques d'œuvres d'auteur, et à leur diffusion en classe.
Peut-on faire écouter aux élèves un morceau de musique vendu dans le commerce et que nous possédons ? Est-il possible de leur envoyer un extrait de partition musicale par internet ? Peut-on scanner une planche d'un album de Tintin et l'incorporer dans le prochain contrôle ? A-t-on le droit de projeter un épisode de "C'est pas sorcier" pour illustrer un point du cours ? Un extrait de "2001, l'Odyssée de l'Espace" ?
Le texte paru au Bulletin officiel n° 34 du 17 septembre 2009 , s'il voulait nous aider à y voir plus clair, a malheureusement manqué le coche. Sans s'éloigner du jargon juridique ni s'efforcer de décrypter l'esprit de la loi, l'article du BO sème la confusion de bout en bout.
On apprend dans ce texte, que l'Éducation nationale a conclu avec certains titulaires des droits d'auteur, un "protocole d'accord transitoire". Hélas, ces titulaires de droits d'auteur que sont le CFC, l'AVA, la SEAM, ne représentent, pour un enseignant lambda, rien de bien concret (Tintin, les films de Stanley Kubrick et l'émission C'est pas sorcier y sont-ils, ou non, rattachés ?). Par ailleurs, ce protocole est limité à l'année 2009. Pourquoi donc communiquer son existence auprès des enseignants à la mi-septembre, puisque dans trois mois il ne possèdera plus de valeur juridique ?
Ensuite, on pourrait comprendre à la lecture de l'article, que l'enseignant est autorisé à reproduire et à montrer des œuvres d'auteur, si c'est dans un cadre éducatif, et s'il ne facture pas le visionnage (!) Mais pour cela, la reproduction devra être "compensée par une rémunération négociée sur une base forfaitaire sans préjudice de la cession du droit de reproduction par reprographie mentionnée à l'article L. 122-10". Concrètement, qu'est-ce que cela veut donc dire ?
Par ailleurs, cette autorisation de reproduction ne semble pas s'appliquer, en général, à des "œuvres conçues à des fins pédagogiques". S'il n'est pas possible de copier ou de montrer des sources qui ont été conçues à des fins pédagogiques, outre la déception que cela procurera aux enseignants, cela signifie-t-il que la photocopie d'une page d'un manuel est interdite ? Plus bas, il est pourtant mentionné : "dans le cas particulier d'un manuel scolaire, l'extrait ne peut excéder 4 pages consécutives, par travail pédagogique ou de recherche, dans la limite de 5 % de la pagination de l'ouvrage par classe et par an."
Comment un professeur de musique saura-t-il si oui ou non, il peut utiliser des copies d'extraits de partition musicales récupérées sur internet, puisque ces partitions doivent être "fixées sur un support graphique à l'exclusion de tout support numérique" ? (???)
Arrêtons là ; nous ne trouverons pas, dans ce texte, les réponses claires aux questions que nous nous posons sur l'utilisation des oeuvres d'auteur en classe. Ce genre de communications nous oblige - mais ce n'est peut-être pas plus mal ? à nous positionner en fonction de notre propre appréciation de ce qui est juste et de ce qui ne l'est pas. Et cela peut s'avérer intéressant, lorsque la question des droits d'auteur agite justement le débat national, dans d'autres registres que celui de l'éducation.
Pour terminer, voici un passage du protocole, qui ravira sans doute les enseignants d'arts plastiques, et tous ceux qui projettent des photographies ou des vidéos en classe :
"Toute reproduction ou représentation numérique [des œuvres d'art visuel] doit avoir sa définition limitée à 400 x 400 pixels et avoir une résolution de 72 D.P.I."
Des commentaires ?
Commentaires
Comme d'hab, la France est championne mondiale de la fabrication des lois et des trucs bien hyper-restrictifs mais qu'elle n'a pas les moyens de faire appliquer (sauf si ça rapporte assez pour payer les talonnettes de certains des dirigeants en mal de paraître moins petit que le Napoléon du même surnom). Cela doit donner l'impresssion aux dirigeants de ce pays, qu'ils soient des excités obsédés des médias ou des grattes papiers au fond d'une cave, d'exister aux yeux de la populace ?
On doit pouvoir je pense résumer ce texte de façon assez lapidaire par un "on s'en branle" qui est souvent la réaction du français moyen face à une nouvelle contrainte annoncée et qui tombe, comme il se doit, complètement à côté de la plaque car pondue par des énarques définitivement poussiéreux et en retard d'un siècle...
C'est triste, un système politique qui conduit à mettre en place des gens formatés sur un modèle oligarchique trop souvent éloigné des nécessités du terrain et du monde moderne...
Halte à la marchandisation de l’éducation… Il y a bien longtemps que de grosses, très grosses multinationales et nationales capitalisent des contenus, toute sorte de contenus.
Elles ont compris depuis longtemps que ça pouvait rapporter gros.
Les solutions ?
LA solution : parier sur des ressources libres, par exemple Sesamath ( http://www.sesamath.net ), voir utiliser des oeuvres du domaine public, par exemple via Wikimedia ( http://commons.wikimedia.org/wiki/Accueil )
Bref, pensons libre !
Openoffice, Firefox, voir pour les plus téméraires Linux...


alors je fais quoi... je passe " big bisous" de Carlos à mes élèves, ou pas?